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Discours du Premier ministre Jacques-Edouard Alexis lors de
12 avril 2008
Monsieur le Président du Sénat de la République Messieurs les Membres du Bureau, Honorables Sénateurs,
En vertu des articles 129-2 et 129-3d de la Constitution, vous avez décidé hier 11 avril 2008, via une lettre signée de votre Président Kély C. Bastien, de m’interpeller, je cite, « sur les événements qui se sont produits dans le pays au cours des huit derniers jours et sur l’incapacité de votre gouvernement à juguler la crise ».
Je suis donc aujourd’hui devant vous pour répondre à cette interpellation et vous présenter succinctement ma position.
Monsieur le Président,
Les seize sénateurs auxquels la lettre mentionnée plus haut fait référence m’ont fait parvenir avant-hier une sommation de démission dans les vingt quatre heures. Vous avez sans doute constaté que cet ultimatum a laissé le Premier Ministre de marbre car autant il est partisan du respect scrupuleux des prescrits constitutionnels et légaux, autant il trouve pour le moins irrecevable et contre-productif ce type d’adresse au sommet de l’État qui est en complète opposition avec les vertus de la démocratie haïtienne naissante. Honorables Sénateurs,
Des événements d’une gravité exceptionnelle se sont effectivement déroulés durant cette dernière semaine. L’envergure des violences qui ont fracturé notre société en cette occasion m’avait conduit mercredi dernier, à la faveur d’un entretien avec le Chef de l’État, à lui proposer d’envisager toutes les mesures de redressement possibles y compris le renvoi de l’actuel gouvernement. Vous le voyez, j’avais bien compris l’ampleur de la crise et il m’était apparu nécessaire de laisser ouvertes toutes les options. Car l’essentiel, à mes yeux et de l’avis du Président, était le retour immédiat à la normalité. Honorables Sénateurs,
En acceptant la haute charge que m’avait confiée Son Excellence René Préval de diriger le gouvernement, je ne nourrissais aucune illusion quant à l’adversité implacable dont l’action gouvernementale allait être l’objet. D’une part, j’étais conscient que de puissants secteurs étaient disposés ou allaient continuer à empêcher, par tous les moyens, l’instauration en Haïti d’une société régie par les principes d’inclusion, d’équité et de non impunité. De l’autre, j’avais l’intime conviction que le caractère anémique des ressources du Trésor public (même bien gérées et fortement augmentées) joint à l’immensité de la crise de déstructuration de l’économie haïtienne aurait laissé très peu de marge de manœuvre au gouvernement dans sa capacité à répondre immédiatement et sur l’ensemble du territoire, aux attentes de la population. En intégrant ces deux paramètres, le Conseil des Ministres et le Parlement se sont entendus sur un certain nombre de priorités qui ont fait l’objet de programmes et de projets aux cours des vingt deux (22) mois d’exercice du gouvernement et pour lesquels je suis encore une fois ravi de présenter les résultats positifs et saillants :
· L’amélioration remarquable du climat de sécurité, notamment à Port-au-Prince et aux Gonaïves ; · Le renforcement des capacités financières de l’Etat à effectuer les bonnes dépenses tant dans le social que dans l’économique ; · L’assainissement des Finances Publiques ; · Les premières retombées de la lutte contre la corruption, la contrebande et l’impunité ; · La stabilisation macroéconomique ; · La participation d’Haïti à l’initiative d’allègement de la dette extérieure pour un montant de 1,3 milliards de dollars américains ; · La formulation d’une Stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté qui spécifie les priorités de développement pour les trois années à venir ; · L’amélioration des infrastructures économiques et sociales : ponts, routes, centrales électriques, canaux d’irrigation, centres de santé, écoles ; · La préparation d’un agenda législatif consistant ; · La stabilité politique ; · L’organisation des élections parlementaires et locales ; · Le renforcement de la crédibilité de notre pays au niveau international.
Honorables Sénateurs,
Les demandes répétées de mesures rapides et concrètes pour apporter des réponses immédiates au problème de la vie chère ont été analysées sous toutes les coutures au plus haut sommet de l’exécutif. Un programme gouvernemental pour faire face à la hausse du coût de la vie financé à même le Trésor public vient de démarrer. Il s’enrichit au fur et à mesure de différents affluents de solidarité venant du monde des affaires, de la communauté internationale, de la diaspora, de la fonction publique, du secteur religieux. Il comporte des mesures diverses touchant à la fois la solidarité immédiate à apporter aux plus faibles et aux zones les plus fragiles, la création d’emplois, le développement de micro-entreprises, la relance de la production agricole.
Nous n’avons pas craint, Honorables Sénateurs, de donner dès le départ l’heure juste sur les causes de la vie chère en Haïti et sur les options qui s’offrent au gouvernement. Et tout en réitérant ici notre plein endossement du droit inaliénable de nos concitoyens et concitoyennes à revendiquer et à manifester, nous déplorons le fait que les récentes expressions de violence aient abouti à la dévastation du patrimoine du pays déjà lourdement affecté par la précarité des ressources disponibles. Ces destructions, cela a été démontré, sont à attribuer à des casseurs animés par d’autres motivations que celles de la très large majorité des manifestants, effectivement aux prises avec les rigueurs de la faim et de la pauvreté extrême. Fort heureusement, la PNH et la MINUSTAH ont mobilisé toutes leurs énergies et tous leurs moyens pour aider au rétablissement de l’ordre dans la cité.
Pèp Ayisyen, Onorab Senatè, mwen anpè avèk konsyans mwen. Mwen seten mwen te travay ansanm ak tout ekip gouvènman m nan pou mete baz solid pou yon lòt sosyete nan peyi a, yon sosyete kote firamezi tout moun ka jwenn chans yo, yon sosyete ki firamezi ap ede tout moun konprann dwa yo ak devwa yo, yon sosyete kote firamezi lalwa ranpòte laviktwa sou koripsyon, sou kontrebann, ak sou tout lòt vye trafik. Pèp la konnen batay la, se yon batay ki gen pou l dire. Mwen vle fè pèp la konnen tou mwen menm, mwen pap lage l nan wout.
Onorab senatè, mwen pa swete pran lapawòl ankò. Nou mèt pran responsablite nou. |
Destitution d'Alexis ou la fin de tous les problèmes?
Il faut espérer que tout va rentrer définitivement dans l'ordre après le renvoi samedi du Premier ministre Jacques Edouard Alexis et l'annonce parallèle par le président que les prix du riz vont baisser pendant 1 mois et que la production nationale va bientôt arriver. A l'issue du vote de samedi, un sénateur a déclaré: ce n'est pas que nous ayons des griefs personnels contre M. Alexis, mais le peuple réclamait son départ. Et il ne faut pas que les sénateurs donnent l'impression d'échouer... Ce qui signifie que faute de lui donner tout de suite son riz, au bon vieux peuple, on lui donne une tête, c'est tout comme boucaner en attendant la cuisson (vous voyez mon regard?). La tête d'Alexis, n'est-ce pas ce qu'on lui avait dit de réclamer s'il veut vraiment avoir du riz, non? Mais les principaux motifs du départ d'Alexis vont au-delà du sac de riz? La vie chère toute réelle qu'elle soit, a été greffée à d'autres motifs tout aussi sérieux. Selon des sources proches de la primature, si des solutions permettant d'alléger le coût de la vie ne sont pas arrivées à temps, la faute n'en incombait pas uniquement à M. Alexis. Il y a eu cette tête de lecture collée sur une seule musique du disque à savoir que l'Etat ne peut pas subventionner les produits importés, pendant que partout ailleurs où des émeutes de la faim ont éclaté, les autorités n'ont pas eu d'autres choix que de prendre des mesures ponctuelles pour faire passer l'orage. Il y a également eu, selon les mêmes sources, cette lenteur inexplicable à approuver le programme d'urgence et à décaisser le premier chèque de 400 millions de gourdes dont on disait pourtant qu'il était disponible... (1US$= 37,75 gourdes) C'est comme si quelque part, on attendait le pire pour que le départ d'Alexis soit irréversible. Et le pire est arrivé le 8 avril avec les scènes de violence et de pillage qui ont contribué à ternir davantage l'image du pays. Mais le plus surprenant dans tout cela, dit-on, c'est que tout ce qui paraissait difficile à faire, est devenu soudain possible le jour même où au Parlement, on achevait un bouc émissaire. Et tout aussi surprenant, on dit que le programme annoncé samedi au palais, ne serait qu'une copie conforme de celui d'Alexis. Mais ce programme ne sera appliqué qu'après son départ, comme si tout était arrangé pour qu'il ne bénéficie pas de ses retombées. Toute chose qui pourrait pousser certains à croire à la thèse de complot interne contre Alexis, dont le député Steven Benoît a fait état la semaine dernière. Bien évidemment, il ne peut s'agir que de spéculations, car il n'est pas pensable que des ministres, ou des gens de l'entourage du président se soient prêtés à ce type de jeu et à des alliances pour provoquer le départ du Premier ministre. Des gens avancent d'autres argumentations pour expliquer cette forme d'unité faite contre l'ancien PM : Certains estiment qu'il aurait commis l'erreur de laisser paraître trop prématurément ses légitimes ambitions pour les prochaines présidentielles. Ses récents voyages à Washington n'auraient pas vraiment plu. Les aspirants dauphins tout comme d'autres adversaires politiques pourraient avoir pensé qu'ils profitaient de sa position pour préparer 2011. D'autres disent que le Premier ministre était devenu la bête noire de certains secteurs, en raison du fait que c'est lui qui apparaissait en première ligne de la lutte contre la corruption et des trafics de toutes sortes: drogue, contrebande et autres..., le président Préval parlant très peu. Et lors des premières émeutes la semaine début avril aux Cayes, c'est encore lui qui est monté au créneau pour dénoncer des « infltrateurs » de tous poils. Ce qui, naturellement, a fait sortir plusieurs de leurs gonds. Autres motifs éventuels: l'actuelle composition du CEP et l'organisation des sénatoriales partielles pour lesquelles aucune date ne peut encore être fixé, le dossier de la nationalité étrangère de députe et sénateurs pourraient avoir joué un rôle dans son départ. Quoi qu'il en soit, il faut souhaiter qu'il n'y ait aucune nouvelle fronde en perspective ou personne d'autre dans la ligne de mire après le départ d'Alexis et que son départ favorise l'avènement d'un gouvernement susceptible de mieux répondre aux attentes de la population. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de ce gouvernement? Un sénateur a déjà fait savoir que le prochain gouvernement devra suivre une feuille de route à préparer par différents secteurs de la société. Ce qui pourrait impliquer que le prochain Premier ministre n'aurait pas besoin de politique générale. Quant aux émeutes de la faim et surtout la terrible journée du 8 avril, en dehors de la flambée des prix, il faut bien sûr chercher à savoir qui d'autres tiraient les ficelles. Une bonne enquête pourrait permettre de découvrir qu'ils sont issus d'ici et là. Il y a sans doute eu des gens qui sont restés muets comme carpe jusqu'au jour où leurs biens se sont retrouvés menacés, attaqués. Il y a eu ceux auxquels le mouvement a échappé après y avoir pris au tout début une part active. Il y a également ceux qui sont toujours à l'affût, attendant le moment opportun pour passer à l'action, ceux qui ne trouvent leur salut que dans la confusion et le black-out, comme dit la chanson. C’était la période de toutes les alliances, même celles qui sont les plus contre-nature. J'allais oublier... il y a eu aussi ceux qui ont attisé, sans doute innocemment, la fureur de la journée du 8 avril, en citant nommément des quartiers qui n'avaient pas encore été atteints par le feu, la violence et les pillages. Beaucoup croient que si le calme est revenu, c'est loin d'être en raison du départ du Premier ministre ou des annonces du président: c'est surtout parce que de gros intérêts étaient menacés. ... Pourvu que les plus hautes autorités comprennent qu'on peut facilement tomber dans le fossé qu'on a contribué à creuser. Et la conjugaison de toutes ces forces pour faire tomber Alexis pourrait n'avoir fait que le grandir. |
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