|
|
Nous ne sommes pas neutres, Nous essayons d'être objectifs POUR LA MEMOIRE ET POUR L'HISTOIRE Jean-Rabel, il y a 20 ans Extraits d'une plaquette, POU LAVI KAPAB FLERI SELEBRASYON VENTAN MASAK JAN RABEL LA distribuée à l'occasion de la Commémoration du 20ème anniversaire du massacre de Jean-Rabel Le massacre La veille du 23 juillet 1987, des membres des groupements, hommes, femmes, jeunes vieux s’étaient rassemblés à Fonds du Riz, où se trouve le marché de Lacoma. Ils venaient de Mahotière, Section communale de Port-de-Paix, de Dubois, Raymond, Cabaret, Gros Sable, localités de la première Section communale Lacoma. Ils se proposaient d’accompagner, le 23 juillet, des paysans de La Montagne (4ème Section), qui envisageaient de se réinstaller chez eux après en avoir été chassés depuis fin juin et avoir vécus quatre semaines dans les bois. Tôt le matin du 23 juillet, le rassemblement animé par les orchestres populaires des groupements, prenait la direction de La Montagne par une route longeant Jean-Rabel. A leur arrivée à La Montagne, terrain inconnu par les paysans de Mahotière et de la première Section, les participants ont brandi des drapeaux blancs et tentaient d’expliquer par haut-parleur aux habitants de la région, leur volonté de paix et non de confrontation. Ils ont été reçus par des insultes, invectives et des coups de pierre et de machettes par un groupe de paysans de La Montagne au service des grandons. Le Chef de Section a vidé son arme sur eux. Ils ont dû rebrousser chemin et pris la direction de l’hôpital de Jean-Rabel pour faire soigner des blessés. L’Embuscade : 120 assassinés sur place et plus d’une dizaine de rescapés exécutés dans les jours qui ont suivi. C’est en cours de route vers l’hôpital, qu’ils sont tombés dans une embuscade tendue par les mercenaires armés de manchettes, dont certains, des paysans tout aussi pauvres qu’eux. Ce fut un carnage. Environ 120 personnes ont été sauvagement massacrées sur place et des dizaines d’autres plus ou moins gravement blessées. Des victimes ont été achevées alors que blessées, on les conduisait à l’hôpital. Les jours qui ont suivi, certaines de celles qui avaient pu s’échapper ont été poursuivies et exécutées. Le nombre total des victimes est au nombre de 139. Ce massacre des paysans de Jean-Rabel est considéré comme l’un des pires de tous les massacres commis en Amérique latine au cours des dernières décennies du siècle passé. LES ENFANTS DES VICTIMES Ce sont des centaines de personnes qui étaient privées d’un ou de plusieurs membres de leurs familles tombés lors de la tuerie. Leur qualité de vie qui était celle de la pauvreté digne sombrait dans celle de la misère abjecte. Les enfants, de tout âge et plusieurs dizaines étaient les premières victimes de cette situation. Orphelins, donc sans le soutien de leurs pères ou mères et parfois des deux, leur avenir était vraiment hypothéqué. Aux lendemains du massacre, le père Jean Marie Vincent, des membres de l’EM et d’autres bonnes volontés ont immédiatement mis en place un réseau de solidarité en faveur des proches des victimes. Ils ont pu bénéficier dans l’urgence d’une aide dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’agriculture. Ainsi, les enfants ont pu continuer à aller à l’école normalement. Sept ans après, Jean-Marie Vincent a été lui aussi assassiné à Port-au-Prince le 28 août 1994. Tant par devoir de mémoire à Jean Marie Vincent que par respect du sacrifice des paysans de Jean-Rabel, tombés dans le combat pour une société de justice partagée, une structure formelle de bourses d’études a été mise en place, par certains de ses compagnons de lutte et anciennes responsables de l’EM et anciens membres des Groupements. Ils sont regroupés jusqu’aujourd’hui au sein de l’AVTKNO (l’Association des Victimes Tèt Kole du Nord Ouest) afin de continuer à soutenir de manière permanent les enfants des victimes. La gestion de cette initiative est assurée depuis quelques années par le Centre Haïtien de Recherche et de Développement (CHRD). Son objectif, est que ces enfants puissent, selon leur capacité et leur qualité, poursuivre jusqu’au bout leurs études scolaires et universitaires ou leur formations professionnelles, jusqu’à l’acquisition d’une profession manuelle, artisanale ou intellectuelle leur permettant de s’insérer dans la vie adulte sans trop de difficultés et ainsi participer au développement de leur pays. Actuellement, c’est-à-dire 20 ans après les événements tragiques de Jean-Rabel, les enfants des martyrs sont devenus adultes. Certains sont intégrés dans la vie professionnelle ou (55 étudiants en 2006/2007) continuent encore des études secondaires, techniques ou universitaires. D’autres se sont établis ailleurs dans le pays ou l’ont quitté pour chercher leur vie sur d’autres terres. Mais il y a aussi ceux qui ont fait le choix de rester dans leur région et qui continuent à d’autres niveaux sans doute, le combat que menaient leurs parents.
Il y a quelque temps, des adultes et des descendants des victimes et d’autres jeunes de la région, avaient organisé une visite des ruines des projets qui avaient été réalisées avant les événements. Nous ne pouvons pas laisser tomber tout cela, a déclaré alors l’un des jeunes boursiers. Nous devons recommencer et continuer. Donc, les semences qui ont été plantées germeront et la récolte sera belle. Le programme de bourse est maintenu toujours en faveurs des enfants des victimes, mais aussi au service quand c’est nécessaire des enfants de leurs enfants. Ce modeste programme s’étend également à d’autres enfants de la région du Far West, toujours dans l’esprit de cet humanisme et cette sérénité rayonnante qui firent la force de Jean-Marie Vincent. |